Les abus liturgiques sont encore trop présents dans nos églises

Publié le par Le traditionnel


Au Québec, comme en France, les abus liturgiques existent toujours et continuent de contribuer à la désaffectation de nos églises et de scandaliser les fidèles. L'Association Pro Liturgia a recensé quelques abus qui se répandent et qui, à la limite, forment un nouveau rite (qui n'est plus romain) : le rite infraordinaire.


(Le rite infraordinaire)


Voici donc à quoi ressemble le rite infraordinaire non romain et non conforme à ce que l'Église demande et qui est encore beaucoup trop présent dans nos paroisses du Québec et de France :


« C'est dimanche: rite infraordinaire. Je ne dis pas que c'est la forme infraordinaire du rite romain qu'on trouve dans la majorité de nos paroisses. Mais c'est un rite tellement peu romain qu'il ne mérite plus ce nom. C'est le rite infraordinaire tout court. On devrait écrire les rubriques de ce rite infraordinaire.

Tout d'abord, il se caractérise par une très grande diversité et liberté qui ont surtout en commun d'être en réaction permanente au rite romain
.

La décoration du choeur de ce rite se caractérise par beaucoup de papier. Des posters, des grands slogans, des écrans, des panneaux, des banderoles, des photos, des dessins, des reportages, des bricolages,
des ballons gonflables et donc gonflés.

Ce qui se dispose sur l'autel doit à tout prix être asymétrique: des bougies (souvent une seule) sur un côté, des fleurs de l'autre. Si possible pas de croix sur l'autel. À quoi bon centrer le regard et le détourner du célébrant ? Par contre la sonorisation des papiers du célébrant est d'une importance extrême pour toute participation consciente et active à ce qu'il fait: si on peut trouver un vieux micro qui amplifie le bruit quand le prêtre s'y frotte au moment de ses mouvements, c'est le top absolu du rite infraordinaire.

À propos de papiers sur l'autel, il en faut le plus possible et de toutes sortes: chants, mots de commentaires, prières inventées, déroulement de la messe, pense-bête, intention de la messe... Le mieux c'est quand il y en a tellement que le célébrant s'y perd. Il y a des petits missels carrés jetables pour contenir éventuellement tous ces papiers.

Devant l'autel, une profusion de fleurs, ou de lumignons qu'emmènent les
enfants en procession, ou des paperasses dont j'ai parlé plus haut, pour empêcher à qui que ce soit de faire le tour de l'autel par devant, ou de se poser devant l'autel.

Pour ne pas perdre de temps au moment de l'offertoire, à moins qu'on ait prévu une procession d'offrande, c'est bien d'avoir prévu et déposé tous les calices, patènes et le linge liturgique dès avant la messe sur l'autel. Le corporal se déploie de préférence avant ou tout au début de la messe. Mélanger l'eau au vin dans le calice dès avant la messe vous fait gagner le temps de cette opération plus tard.

Le chant d'entrée, si possible un tout vieux que tout le monde connaît et braille, ou un tout nouveau, que braille l'animateur seul au micro, est en français, contre-rythmé, entraînant, simple. De préférence sans aucun rapport avec les Lectures.
Pour les grandes fêtes, les enterrements et les mariages, il est très bien vu de passer de la musique pré-enregistrée.

Si l'on peut éviter l'orgue comme instrument d'accompagnement, on l'évite. On préférera toujours un orgue électronique à un orgue à tuyaux. Le meilleur instrument d'accompagnement,
c'est la guitare, l'accordéon ou la cithare amplifiés s'il le faut. Les percussions sont un peu passées de mode, mais pour les messes avec enfants, il faut au moins les remplacer par des applaudissements, des claquement des doigts, des instruments improvisés qu'on agite...

Le prêtre en
aube-sac et étole, évite de mettre la chasuble, et surtout pas d'amict: il faut qu'il puisse afficher son orientation au niveau de son col (col romain strict ou col décontracté de polo ou de chemise à carreaux).

Il faut remplacer systématiquement le "Gloire à Dieu" et le "Je crois en Dieu" par un refrain simple qui présente un tout autre texte. Pareil pour le "Saint, saint, saint le Seigneur" et "l'Agneau de Dieu".

Les anamnèses doivent emprunter les mélodies les plus romantiques possibles, de préférence de grands opéras italiens... on y adaptera un texte.
Toute parole latine est interdite ou à éviter à tout prix dans ce rite infraordinaire. Le chant grégorien est passé dans les enceintes acoustiques... après la messe, pour meubler le bâtiment.

Le plus grand moment de ces célébrations, c'est le geste de paix juste avant la communion (laquelle est bien moins importante): le célébrant doit parcourir la nef à ce moment là et serrer un maximum de mains avec un sourire affiché. C'est un signe d'ouverture et de convivialité.

Ceux qui s'agenouillent lors de ces célébrations, ou qui insistent pour recevoir la communion dans la bouche, doivent être regardés comme des pauvres retardés qui se sont trompés de rite. Mais il faut tout faire pour les accueillir décemment, discrètement, compassionnément...

Le célébrant ne chante rien de ce qu'il devrait assurer tout seul: aucune oraison, surtout pas la préface, ni les dialogues. Mais il participe au maximum aux refrains simples avec la foule; si possible, il chante plus fort et plus faux dans son micro que l'animateur. C'est du meilleur effet. S'il est un grand musicien, il chante éventuellement les intentions de prière pénitentielle sur une mélodie toute personnelle ou improvisée dans une autre tonalité que le "Seigneur prends pitié" prévu par l'équipe liturgique... Observer la réaction de l'animateur et de celui qui accompagne égaie l'assemblée.

Les lecteurs doivent être choisis au hasard en dernière minute. Ne pas avoir peur des gens qui ne savent pas se servir d'un micro.

Il faut annoncer haut et fort toutes les pages des chants et refrains dans le livre de chant commun. À défaut, on peut les afficher sur un grand écran blanc dans le choeur. Le dernier cri, c'est d'y afficher carrément les paroles grâce à un programme d'ordinateur. C'est la "messe-karaoké".

Pour la disposition de l'autel, il faut que le tabernacle soit dans le dos du célébrant, de manière à ce que le prêtre, pendant toute la célébration, tourne le dos au Seigneur. C'est une revanche des fidèles envers le Seigneur, de toute cette période où il obligeait le célébrant de leur tourner le dos.

Le top, c'est d'installer
deux autels dans le choeur. L'ancien pour le Seigneur, et un nouveau pour le célébrant et la foule. Si le choeur est assez vaste, il est bon d'ajouter un troisième autel pour les éventuelles messes de semaine.

Le choix des lectures doit se faire dans une liberté absolue: une seule première lecture dès que l'occasion se présente. On peut prévoir d'autres textes non bibliques.

Les oraisons sont formulés librement par le célébrant, seul moyen pour être sûr qu'elles viennent vraiment du coeur. La prière eucharistique la plus libre possible, adressée un maximum aux fidèles. Pour les célébrants en manque d'inspiration, il y a les oraisons nouvelles et des prières eucharistiques pour toutes circonstances.

La tenue dans le choeur doit être la plus désinvolte possible: bras pendouillants, ou croisés. Main tenant le menton quand on est assis pour écouter les Lectures. Jamais les mains jointes en prière. Jamais à genoux. Pas de génuflexions: mieux vaut faire une "inclination profonde", en pointant bien le derrière dans la direction de ceux qui se trouvent derrière vous, quand vous croyez vraiment devoir vénérer indifféremment ou le tabernacle ou l'autel. Quand le célébrant s'assoit, il croise les jambes ou il les étire devant lui, s'adossant avec un léger mouvement de proéminence du ventre avec tout le poids de son dos sur le dossier de sa chaise. Se sentir à l'aise est le mot d'ordre.

Si vraiment on ne peut pas éviter d'avoir des enfants de choeur, il faut qu'il y ait au moins autant de filles que de garçons, et les laisser le plus désoeuvrés possible. Les fillettes doivent avoir du temps pour minauder. Pas de clochettes, pas de lavabo, pas d'agenouillement ni génuflexions. Il faut que tout le monde s'ennuie au moins autant que le célébrant qui donne l'impression de se sentir en trop.

Sauter l'embolisme après le "Notre Père" c'est possible et conseillé: ça permet d'enchaîner tout de suite "Car c'est à toi..."

À la consécration, il est bien de briser l'hostie et de montrer à l'assistance les morceaux en disant les mots "il prit le pain... le rompit..." Il serait bon d'envisager de donner tout de suite la communion en disant "prenez en mangez-en tous..." Ça ferait gagner un temps précieux.

Faire distribuer la communion par le plus de laïcs possible, de préférence par des gens peu habitués à venir à la messe. Il faut impliquer, justement, ceux qui viennent moins souvent, ou qui ont des problèmes avec les enseignements de l'Église. Il faut les familiariser...

Ne jamais oublier de dire "bonjour" à toute l'assemblée au début de la célébration et "au-revoir et bon dimanche à toutes et à tous" à la fin.

Ouf. Effectivement, ce dimanche sera bon, ne pouvant pas être pire que son obligation. »



Sources :
http://pagesperso-orange.fr/proliturgia/Informations.htm 

http://jevoro.over-blog.com/ 



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sos plombier paris 26/01/2015 16:54

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

Jean-François Escourrou 16/01/2010 22:13


Cet article est tout simplement excellent ! J'en mourrais de rire si ce qui est décrit là n'était pas aussi affligeant. Je suis organiste et catholique pratiquant. Dieu merci, le prêtre de ma
paroisse préfère la sobriété et la fidélité aux textes approuvés pour ce qui concerne la liturgie.
Pourtant, en allant à la Messe dans d'autres paroisses, il m'est arrivé bien souvent de constater certains des abus décrits. Des mots ajoutés dans les prières eucharistiques, le Notre Père privé de
l'embolisme, l'anamnèse remplacée par un refrain... Ne parlons pas du Credo : on doit réciter le symbole de Nicée, et souvent on utilise le symbole des apôtres à la place.
Mais surtout, ce qui m'agace profondément, c'est lorsqu'on utilise pour le Gloria, le Sanctus ou l'Agnus Dei des chants dont les textes ne sont pas conformes aux traductions liturgiques approuvées
par les évêques. Bien que préférant la célébration de la Messe en langue latine, je n'ai absolument rien contre la liturgie en français ; encore faut-il qu'on soit fidèle à la traduction
officielle, laquelle est déjà loin d'être parfaite. Un Sanctus dont les paroles sont "Saint le Seigneur de l'Univers, Saint le Très-Haut", ou un Agnus Dei dont le texte est "Agneau de Dieu qui
prends nos péchés", n'ont rien à faire dans la Messe catholique. Les paroles sont peut-être bien trouvées, poétiques, sympathiques, mais il ne s'agit pas, tout simplement, du texte du missel.
Réclamons l'application du Concile Vatican II et de textes tels que Redemptionis Sacramentum ou Sacramentum Caritatis qui condamnent de tels abus. Réclamons également une utilisation plus fréquente
du latin pour la célébration de la Messe selon le missel de Paul VI, comme les textes du Concile eux-mêmes le prévoient.
En fin de compte, je crois que la liturgie ne nous appartient pas : elle est à Dieu et à l'Église universelle. Lorsqu'on veut la rabaisser à notre niveau, on ne la rend pas accessible, mais on ne
fait que la réduire à notre propre médiocrité.


christianK 20/07/2009 17:16

Il faudrait ètre plus précis sur une idée comme celle-là qui revient souvent, e.g. l'ex-évèque d'Amiens, Noyer (supporter de Gaillot) qui écrivait récemment contre une décision de l'Eglise (du pape):

"Ancien évêque sans responsabilité, je peux dire, avec une simplicité que n’ont pas aisément ceux qui sont encore en poste, quelle est la dureté du coup qu’ils reçoivent. Ils devront bientôt voir venir vers eux avec un sourire hautain ceux qui depuis des années ont nargué leur autorité. Ils auront à gérer le trouble que cette décision va inévitablement produire parmi tous leurs collaborateurs, prêtres et laïcs. Ils seront humiliés du manque de confiance que le Pape leur fait après avoir ignoré tant de démarches et de courriers sur ce sujet. Ils souffriront de cet obstacle supplémentaire mis sur le chemin de l’Église pour tous ceux que l’Évangile appelle.

Pour ne pas rester à une plainte il nous reste à espérer que tant de générosité, et tant d’indulgence témoignées par le Père commun, touchera ces fils aînés sans tolérance et sans charité"


On parle ici de la fsspx. Comme si les systèmes de défense antimondains, ou mème les excommunications, ou les peines canoniques (e.g. celles contre la fsspx) n'étaient pas charitables. Alors attention. Ne pas lutter contre des abus liturgiques, des déformations, des cuculisations est un manquement au devoir d'état donc à la charité. Ce peut ètre mettre ses enfants en danger etc. donc manquer de charité pour eux etc. Nul doute que la fsspx estime elle-mème faire oeuvre de charité en menant ce qu'elle estime ètre le "bon combat", à tort ou à raison. Les relizions molles sont trop facilement accolées à la charité; or ce n'est pas la charité, mais la sssarité (encore la cuculisation). Les religions plus dures, qui défendent activement leur doctrines, n'ont que l'apparence de dureté illégitime ( à cause du regard mou sur elles)
Voilà pourquoi il faut ètre plus précis.

christianK 12/03/2009 17:04

Le mot INFRAORDINAIRE est réellement bien choisi.

Il me semble toutefois important d'ajouter certains détails.

Il est extrèmement rare que j'ai assisté à des horreurs, ici ou en France (surtout des messes enfantines-infantiles). Et
En général, les horreurs sont surtout musicales. Elles existent et elles ont répercutées médiatiquement et ont un effet symbolique épouvantable, mais on ne saurait soutenir qu'elles concernent la majorité des messes (je dirais certainement moins de 5%).

Au Canada, j'ai entendu quelques horreurs musicales (par le gout autant que l'exécution) - en fait, sans musique, la messe aurait été OK.
J'ai vu des enfants présenter leur desseins à l'assistance (pitrerie ridicule très défocalisante - quand on songe que le sacrifice réactue la mort du Christ) pendant une messe de la communauté dominicaine d'avant-garde (celle de 1965) de Mtl - fondée dans les ans 70, comme les communes de l'époque.
A part ca en général, pleins de petits détails peuvent ètre défectueux, mais sans donner la nausée (à long terme il est toutefois possible que ces omissions des normes soient très nuisibles par effet accumulé).

Ce qui frappe surtout, je crois, ce ne sont pas des abus clairs, mais plutot une sorte de médiocrité du novus ordo, d'omission,
ou d'aplatissement qui décuple l'indifférence: la raison d'ètre de la liturgie devient confuse, pcq son lien avec le salut des ames, les fins dernières (toutes les 4 , sans censure d'aucune), l'éternité, n'est pas clair: or le salut éternel est la fin de la religion. Il faut absolument que le fidèle percoive le lien entre la messe et le salut de son ame, sa sanctification. De mème la prédication bibliste oblitère le dogme et la doctrine,
ce qui favorise la mollesse donc l'indifférence.
Il est plus difficile de savoir pourquoi on assiste au novus ordo moyen, qui ne décolle tout simplement pas. Facile: un sacrifice est une chose
demandée, exigée sous peine de péché. Un repas n'est qu'une chose offerte, dont on voit mal les conséquences de son refus. O si l'absence d'un repas est sans grande conséquence, cela veut dire que le repas est chose bien plus indifférente qu'un sacrifice. Alors on ne se déplace pas.

Il faut aussi noter que la messe novus ordo du SC de Montmartre (Paris) (pas une paroisse) est sublime.

Saint Michel Archange 09/03/2009 19:41

Excellent article merci!