Mgr Robert Lebel commente le Motu Proprio Summorum Pontificum

Publié le par Le traditionnel

  Le 25 juillet 2007, Mgr Robert Lebel, évêque émérite du diocèse canadien de Valleyfield, au Québec, a accepté de commenter le Motu Proprio Summorum Pontificum sur les ondes de Radio Ville-Marie.


(Mgr Robert Lebel, évêque émérite de Valleyfield)


Il possible d'écouter l'extrait à l'aide du lecteur suivant :


dewplayer:http://www.fileden.com/files/2008/9/12/2094351/CHR%20CAR%202007%2007%2025.MP3&

 

 

Pour faciliter l'écoute, nous avons fait le verbatim de l'entretien que voici :


Ici Marie-Michelle Desrosiers et vous êtes à l'écoute de Radio Ville-Marie.
 
 


- Bienvenue à cette chronique hebdomadaire. Au micro Renaude Grégoire. Nous avons avec nous Mgr Robert Lebel, évêque émérite de Valleyfield. Bonjour !

 


- Bonjour, madame Grégoire !


- Bonjour, merci d'être avec nous et vous allez nous aider à voir un petit peu plus clair sur ce décret, ce Motu Proprio que Benoît XVI a proclamé en juillet au sujet de la Messe en latin. Pouvez-vous nous éclaircir un peu ces questions là ?

 


- Bon, alors, d'abord un Motu Proprio c'est un texte que le Souverain Pontife publie de sa propre initiative (Motu Proprio = Mouvement propre). Alors, et puis ça fait longtemps qu'il y pense, mais là il a décidé de passer à l'action. Il libéralise la Messe du Concile de Trente; on appelle ça la Messe en latin mais ce n'est pas seulement une question de latin, c'est une question de contenu. Alors, c'est une Messe qui a été mise en valeur par saint Pie V pour appliquer les décrets ou l'enseignement du Concile de Trente. Ce n'était pas à ce moment-là une Messe nouvelle, c'était simplement une adaptation. Et, Jean XXIII a convoqué un Concile et puis à la suite de ce Concile on a décidé de modifier encore la liturgie, c'est-à-dire pas le contenu essentiel mais les approches et les modes d'expression; alors c'est ce que l'on appelle la Messe de Paul VI qui a suivie le Concile en 1970. Jean XXIII avait fait une dernière édition de la Messe du Concile de Trente en 1962 en ajoutant des choses, des nouveaux saints, puis en changeant certaines expressions pour adapter ça aux exigences de ce temps-là, mais après le Concile on a décidé de renouveler la liturgie - c'est pas seulement la Messe; toute la liturgie – pour qu'elle exprime mieux les attentes du Concile Vatican II. Alors c'est ce qu'on appelle la Messe de Paul VI – ou la liturgie de Paul VI – qu'on célèbre actuellement, mais le Pape Benoît XVI a décidé de libéraliser, c'est-à-dire de rendre plus facile l'accès à l'ancienne Messe. Tout simplement.

  


- Oui, parce qu'avant, pour célébrer avec cette Messe tridentine, cela prenait une permission spéciale d'un évêque.

 


- Une permission de l'évêque, tandis que là c'est laissé au soin des curés et/ou des recteurs d'oratoire ou des communautés religieuses, des supérieurs des communautés religieuses, et puis c'est plus facile d'obtenir cette Messe là. Maintenant, on parle de la Messe en latin; ce n'est pas seulement une question de latin, c'est une question de contenu surtout. Parce que la Messe de Paul VI, l'édition typique sur laquelle on fait des traductions dans les langues populaires, elle est en latin aussi. Le premier missel, par exemple de la Messe de Paul VI, est en latin, mais ce qu'on a ce sont les traductions qui ont été approuvées par Rome. Alors ce n'est pas une question de latin, c'est une question de contenu.

 


- Oui, Mgr Lebel, bien sûr il y a la position de l'autel, est-ce que ça joue la manière dont le prêtre se place vis-à-vis l'assemblée, mais est-ce qu'au niveau de la richesse des lectures par exemple et les prières universelles est-ce qu'on retrouve la même chose ou c'est extrêmement différend avec Paul VI et depuis 40 ans ?

 


- Oui, les différences sont là. D'abord, le Concile n'a jamais demandé de tourner, de célébrer face au peuple. Ça, c'est une décision qui a été prise un peu unanimement, sans que ce soit l'autorité qui intervienne. On a demandé une meilleure participation des fidèles, alors pour que la participation des fidèles soit meilleure, eh bien ! il faut un dialogue entre les fidèles et le président de la célébration. Alors c'est pour ça qu'on s'est mis à célébrer et que le président est face à la population. Et puis l'autel c'est en même temps la table aussi, c'est pas simplement, on a voulu insister sur le caractère convivial de l'Eucharistie qui est un repas, mais qui est aussi un sacrifice, ça il ne faut pas non plus laisser de côté; ça reproduit pour la foi le sacrifice de la croix, le Seigneur qui s'offre à son Père et qui est accueilli par son Père dans la résurrection. Alors c'est mystérieusement représenté, c'est-à-dire rendu présent de nouveau à la foi des fidèles.

 


Alors, on a donné une plus grande place dans la nouvelle Messe à la Parole de Dieu, parce qu'autrefois la Parole de Dieu, d'abord il n'y avait pas beaucoup d'Ancien Testament dans les lectures, dans la Messe, et puis surtout on la proclamait, on ne la proclamait pas on la lisait à voix basse dos au peuple, et puis pendant ce temps-là les gens disaient le chapelet ou suivaient dans leur missel; il n'y avait que le prêtre et le servant de Messe qui dialoguaient en latin, alors le petit servant il répondait en latin comme il pouvait, au son, et puis il nous faisait du latin que le Bon Dieu comprenait pareil mais qui ressemblait pas beaucoup à du latin des fois. Alors il y a un progrès quand même avec la Messe du Concile Vatican II dans la présentation de la Parole de Dieu; il y a deux lieux : la table du sacrifice, et puis le lieu de la Parole. Alors ce sont deux réalités très importantes et qui vont ensemble, alors que dans l'ancienne formule à laquelle certains veulent revenir, eh bien ! il y a moins de Parole de Dieu et puis il n'y pas les prières universelles comme on les a maintenant. Et puis, il y a le chant, il y a plus de chants, le chant grégorien : ça c'était vraiment une richesse; on a trop abandonné ça vite. Et moi je trouve que les Bénédictins de Saint-Benoît du Lac, par exemple, qui font très bien ça, j'aime beaucoup leur façon, ils ont la Messe de Paul VI mais ils ont gardé du chant grégorien.

 


- Alors c'est possible d'utiliser la Messe, donc depuis le Concile, de Paul VI et d'avoir du chant grégorien ?

 


- Ah oui, ça jamais été défendu. Et puis, on a abandonné le grégorien trop vite avant d'avoir un répertoire dans les langues profanes, alors on n'a pas la richesse musicale qu'on avait avec le chant grégorien. Peu à peu on va trouver, on va se faire un répertoire qui a de la valeur, mais ce n'est pas défendu de chanter en grégorien, et même si les gens ne comprennent pas les mots – d'abord ils ont des traductions dans les mains – c'est la prière du cœur, c'est une musique qui nous met dans un climat de recueillement, un climat de présence de Dieu, et c'est une musique qui est très évocatrice, alors que souvent dans nos langues, comme en français, bien c'est des petites mélodies plus ou moins intéressantes, et puis on essaye de nous faire de la catéchèse en même temps qu'on chante. Chanter, c'est une chose, et puis faire de la catéchèse, c'est autre chose. Alors on n'a pas besoin de tout comprendre quand on prie, c'est une élévation du cœur vers Dieu, et puis le grégorien fait ça très bien.

 


On a peut-être bousculé aussi un peu fort les gens quand on a appliqué la nouvelle liturgie, alors c'est pour ça qu'il y en a qui se sont rebiffés et puis qui ont continué à désirer et garder les anciennes formules du Concile de Trente.

 


- Mgr Lebel, permettez-moi un souvenir personnel. Je me souviens très bien que dans la paroisse où j'étais, à la fin des années soixante, donc après le Concile, le vicaire avait pris le temps de nous expliquer comment serait la nouvelle liturgie, ce qui est intéressant puisque je n'avais pas connu donc la Messe tridentine, je suis arrivé moi dans ce temps du Concile, mais j'avais trouvé ça extrêmement intéressant qu'il prenne le temps de nous expliquer le sens, pourquoi on avait trois lectures, pourquoi on faisait telle geste, est-ce qu'on aurait pas à redécouvrir aussi les éléments symboliques de notre propre liturgie ?

 


- Bien oui, c'est ça, alors on a simplifié les symboles, on a simplifié la gestuelle mais pour permettre aux gens de mieux comprendre, mais faut l'expliquer, faut pas simplement changer.  Il y en a qui ont changé sans dire un mot; à un moment donné les gens sont arrivés, le curé était face à eux autres, et puis la différence c'est qu'ils voyaient les grimaces du curé, qu'ils ne voyaient pas avant; alors il aurait fallu - ils l'ont fait à certains endroits, plusieurs endroits - mais il aurait fallu que partout on explique pourquoi on faisait ces changements là. Et il y a des gens qui veulent retourner au Concile de Trente, à la liturgie du Concile de Trente, par nostalgie, ça se comprend, c'était beau et puis ils ont aimé ça, c'était des expériences de leur jeunesse, de leur enfance, mais il y en d'autres aussi, et ça c'est plus grave, qui pensent que la nouvelle Messe – elle n'est pas nouvelle tant que ça – mais la Messe qu'on célèbre actuellement n'est pas valide. Ils ont l'impression que c'est une Messe protestante, alors c'est pas un compliment pour les protestants, ce n'est pas très œcuménique, mais le mouvement de Mgr Lefebvre, par exemple, refuse la validité de la Messe que moi je célèbre, que nous célébrons actuellement. Alors ça c'est plus grave, et puis parmi les gens catholiques qui demandent de retourner à la Messe du Concile de Trente, il y a peut-être ça en arrière de leur tête, que la Messe qu'on célèbre actuellement n'est pas valide, n'est pas selon la volonté du Christ, alors c'est se séparer de l'Église que de penser comme ça.

 


- Oui, parce qu'on sait qu'il y a plusieurs rites aussi, on n'a pas parlé des rites orientaux, je crois qu'une communauté, une Église, peut s'entendre sur quand même un minimum de choses qui sont signifiantes et, Mgr Robert Lebel, dites-moi est-ce que l'intention de Benoît XVI avec ce Motu Proprio c'est bien l'unité de l'Église, parce qu'il revient souvent sur l'unité ?

  


- Oui, il veut faire l'unité. Il espère que les Lefebvristes – c'est les disciples de Mgr Lefebvre – vont se rallier, et puis ça j'y crois pas beaucoup parce qu'il y a autre chose de bien plus profond que ça : ils refusent le Concile au fond. Mais, il pense qu'on va avoir la paix dans les diocèses. Il y en a qui demandaient ça, et puis les évêques hésitaient, puis refusaient des fois, puis ça faisait du tiraillage, tandis que là, eh bien ! il espère que ça va s'organiser dans l'harmonie. Dans nos diocèses ici je ne pense pas qu'il y ait des gros changements. Au Canada, les gens n'ont pas à partir en peur avec ça. Il y a des Messes déjà selon le Concile de Trente, en latin en particuliers, puis les endroits où c'est permis, les gens vont là. Alors, il n'y aura pas ça dans toutes les paroisses, il n'y a pas assez de monde qui connaît le latin et surtout qui connaît le chant grégorien pour qu'on s'organise et que se soit une révolution dans nos églises.

 


- Mgr Robert Lebel, évêque émérite de Valleyfield, merci beaucoup pour cette chronique.

 


- Ça me fait plaisir, bonjour.

 


- Vous avez entendu Mgr Robert Lebel, évêque émérite de Valleyfield, qui nous parlait de ce Motu Proprio de Benoît XVI concernant la libéralisation de la Messe tridentine. Au micro, Renaude Grégoire. Merci d'être avec nous et rester à l'écoute de Radio Ville-Marie.

 

Source : http://www.radiovm.com/Nouvelles/Chroniques_Cardinal_Turcotte-Arvhives-07.aspx

 


 

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Claude 16/09/2008 00:22

Le Motu Proprio a tout simplement pour but de simplifier l'attribution de lieux de culte réguliers au fidèles qui désirent avoir accès à la liturgie du bienheureux Jean XXIII (dernière édition du missel de saint Pie V tel que modifié pour la dernière fois en 1962), laquelle n'est antérieure que de 7 ans à la liturgie de Paul VI (missel promulgué en 1969)! Du moment que ces fidèles désirent non pas vivre en marge de l'Église diocésaine (et le prouvent effectivement en insistant pour avoir l'accord de leur évêque) et qu'ils ne remettent en cause ni la validité du rite habituel (ordinaire en français), ni la légitimité du concile Vatican II, ni celle du pape actuel, il n'y absolument aucune raison pour qu'un diocèse fasse obstacle à l'expression de la liberté d'association des simples baptisés et à leur droit de prier selon une spiritualité qui les attire davantage. Ce libre choix existe à plein d'autres niveaux et je ne vois pas du tout comment on pourrait justifier de le nier dans ce seul cas. Pour ma part, je refuse d'aller rejoindre les dissidents de la Fraternité Saint Pie X, qui ne connaissent pas de difficulté à célébrer cette liturgie puisqu'ils ignorent tout simplement l'autorité des évêques. Si j'étais à Chicoutimi, je serais pour cette raison d'autant plus déterminé à obtenir l'autorisation épiscopale. Les "traditionnalistes" sont parfaitement chez eux à l'intérieur de l'institution telle qu'elle existe: ils ont un devoir de piété filiale envers leurs prêtres, mais ces derniers ont l'obligation de ne pas les envoyer promener.

christianK 13/09/2008 17:43

"Ils ont l'impression que c'est une Messe protestante, alors c'est pas un compliment pour les protestants, ce n'est pas très œcuménique, mais le mouvement de Mgr Lefebvre, par exemple, refuse la validité de la Messe que moi je célèbre, que nous célébrons actuellement. Alors ça c'est plus grave, et puis parmi les gens catholiques qui demandent de retourner à la Messe du Concile de Trente, il y a peut-être ça en arrière de leur tête, que la Messe qu'on célèbre actuellement n'est pas valide, n'est pas selon la volonté du Christ, alors c'est se séparer de l'Église que de penser comme ça. "
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Comme je l'ai déjà dit ailleurs, ceci est une inexactitude: La FSSPX n'a jamais dit que les messes novus ordo étaient invalides, elle a répété le contraire, à la suite de Lefebvre. Elle dit seulement qu'elles favorisent l'invalidité, ou le doute, à cause de l'influence psychologique et doctrinale qu'elle a sur les ptres qui la célèbrent. C'est au cas par cas. (e.g. des ptres qui auraient la conviction que la messe n'est aucunement un sacrifice pour le rachat des péchés, etc.).

Sur l'oecuménisme, Inversement, quand certains dsient que la tridentine est triomphaliste (pcq sérieuse , belle et solennelle; bref non cucu), ce n'est pas un complimentpour les orthodoxes et les cathliques orientaux, donc ce n'est pas très oecuménique non plus.