L'abbé Philippe Laguérie commente le Motu Proprio Summorum Pontificum

Publié le par Le traditionnel

Une réaction fort intéressante, suite à la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum, est venue de M. l'abbé Philippe Laguérie, le supérieur de l'Institut du Bon-Pasteur (IBP), une société de droit pontifical dont le siège est à Bordeaux, en France, et qui a comme particularité l'usage des livres liturgiques de 1962.


(M. l'abbé Philippe Laguérie, supérieur de l'Institut du Bon-Pasteur)



M. l'abbé Philippe Laguérie est une personnalité ecclésiastique surprenante. Ayant fait son séminaire à Écône au sein de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, l'abbé Laguérie a été ordonné prêtre le 29 juin 1979 par Mgr Lefebvre. En 1984, il devient curé de St-Nicolas-du-Chardonnet jusqu'en 1997. En mars 1993, il tente d'occuper l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois avec l'aide de 400 fidèles. Chassé par la police, il est sanctionné le 10 par l'abbé Paul Aulagnier puis pardonné le 14. En 1998, il rejoint Bordeaux, où il obtient de la mairie, en 2002, l'autorisation d'utiliser l'église Saint-Éloi.


À la suite de critiques faites par lettres privées à certains de ses confrères quant au fonctionnement des séminaires de la FSSPX il est exclu par le supérieur de cette fraternité, le 16 septembre 2004.


Le 8 septembre 2006, l'abbé Laguérie est nommé supérieur du nouvel Institut du Bon-Pasteur, érigé par la Congrégation pour le Clergé avec l'accord du Pape Benoît XVI et situé à Bordeaux où se trouve aussi l'église Saint-Éloi (devenue paroisse personnelle), là où il exerce son ministère suite à une convention signée avec le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux.



L'Institut rassemble, sous l'autorité de l'abbé Philippe Laguérie, d'anciens prêtres et séminaristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X auxquels sont accordés « l'usage exclusif du rite tridentin » (Statuts II §2). Les membres de l'IBP s'engagent à « respecter le Magistère authentique » du Siège Romain, et à effectuer « une critique constructive » du Concile Vatican II.


Ses membres fondateurs sont les abbés : Philippe Laguérie (Supérieur Général), Paul Aulagnier, Guillaume de Tanoüarn, Christophe Héry et Henri Forestier.



Voici maintenant la réaction de M. l'abbé Philippe Laguérie, ce prêtre très médiatique, qui est une figure emblématique du catholicisme traditionnel en France et qui est régulièrement invité à s'exprimer sur les ondes et à la télévision :



« Ma première réaction au document historique du Pape Benoît XVI sera cette citation du prophète Isaïe où Jérusalem est évidemment notre Église catholique et romaine : :"Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle soyez dans l’allégresse, vous tous qui portiez son deuil ! Ainsi vous serez nourris et rassasiés du lait de ses consolations, et vous puiserez avec délices à l’abondance de sa gloire. Voici ce que dit le Seigneur : Je dirigerai vers elle la paix comme un fleuve, et la gloire des nations comme un torrent qui déborde. Vous serez comme des nourrissons que l’on porte sur son bras, que l’on caresse sur ses genoux. De même qu’une mère console son enfant, moi-même je vous consolerai, dans Jérusalem vous serez consolés. Vous le verrez, et votre coeur se réjouira ; vos membres, comme l’herbe nouvelle, seront rajeunis. Et le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs." (Isaïe 66, 10-14c).


L’Église Catholique vient de retrouver sa fierté et chacun de ses fils peut se réjouir avec Elle ! J’éprouve un sentiment de joie profonde, mêlé de reconnaissance et d’émotion, devant ce spectacle aussi inattendu qu’inespéré d’un Pape, que certains disaient lent à l’ouvrage, et qui, après deux ans de pontificat seulement, ramène au grand jour la Tradition la plus vénérable de l’Église, avec fierté et hardiesse, le trésor de la messe de Saint Grégoire le Grand (avec lui des Apôtres), de Saint Pie V, du Bienheureux Jean XXIII (quel conciliaire irréductible pourra bien le contester ) !


Je suis obligé de procéder par points successifs pour ne rien omettre de ce texte aussi dense que précis, au risque d’en altérer l’unité profonde et le jet direct d’une écriture passionnée et longuement réfléchie.


Disons simplement qu’il n’y a là aucun triomphalisme primaire et de mauvais aloi : ce n’est aujourd’hui la victoire de personne, encore moins d’un camp contre un autre. C’est la victoire de tous. C’est la victoire de l’Église Catholique, de son Pape, de ses évêques, de ses prêtres et de ses fidèles tous humiliés longtemps sous un joug étranger : l’autodestruction de l’Église s’arrête, les fumées de Satan se dissipent, la barque de saint Pierre, qui « prenait l’eau de toute part » reprend la mer avec audace et déverse sa fierté éternelle d’épouse de Jésus-Christ sur chacun de ses fils…

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1/ Un document très bref.


Trois petites pages qui disent tout, sans omission ni laïus : il y a longtemps qu’on ne nous avait pas parlé sur ce ton ! Nous voilà retournés au temps des vieux papes qui dictaient, avec force et simplicité, leur volonté claire et immédiate (« Motu Proprio ») du bien de l’Église. C’est la bonne vieille méthode de l’Évangile, tout simplement : « que votre oui soit oui, que votre non soit non : le reste vient du Malin ». On notera également la puissante volonté de ne pas seulement dire ce qu’il faut faire mais aussi celle de parvenir à ses fins : le curé qui ne veut rien entendre sera déférer à l’évêque et l’évêque à la commission. Le Pape note très justement que le Motu proprio de 1988 est resté lettre morte et Il prend les moyens que le sien soit vraiment une actualisation au sens concret du passage à l’acte. Le Saint-Siège y veillera et on fera le bilan dans trois ans. C’est du grand saint Pie X.

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 2/ Des attendus précis.


Deux objections sont d’abord pulvérisées par le Pape : le pouvoir des évêques n’est pas contourné mais vraiment renforcé et la question doctrinale sous-jacente en rien tranchée. C’est une double évidence dont il faut prendre la mesure et l’urgence. Quand les évêques auront donné de vraies paroisses personnelles aux fidèles et aux prêtres, leur autorité en sera évidemment renforcée ; tandis qu’à continuer une guerre fratricide, le catholicisme tout entier fait naufrage et avec lui ses chefs. D’autre part le principe célèbre « lex orandi, lex credendi » du Pape Zéphirin, si justement rappelé par son successeur nous indique qu’à force de prier « pareil » nous penserons semblablement. J’ai déjà exprimé souvent sur ce blog ce que je pense des discussions doctrinales préalables : un alibi de pacotille qui déguise bien mal une obstination non avouable. Mgr Lefebvre voulait qu’on nous laissât faire l’expérience de la Tradition : vous en avez l’occasion rêvée, sanctionnée et garantie par le Pape…


D’autant qu’après réfutation de ces deux fausses objections, le Pape dit simplement la raison pratique de sa décision : l’unité de l’Église. Et en particulier le retour de la FSSPX. Avec les mots les plus touchants, le Pape citant saint Paul aux Corinthiens, invite Mgr Fellay à élargir son cœur (…) et à considérer le geste magnanime et l’offre somptueuse qui lui est faite. J’avoue qu’à sa place je sauterais dans l’avion pour Castel Gandolfo…Parce que le Pape reconnaît les erreurs de la hiérarchie d’alors et ne fait aucun reproche à Mgr Lefebvre ni à son successeur d’aujourd’hui. La levée de l’excommunication serait très rapide, sans nul doute, et la part belle faite à l’œuvre de Mgr Lefebvre. Dans la lettre aux quatre évêques que Mgr Lefebvre leurs adressait, juste avant de les élever à l’épiscopat, il leurs donnait cet ordre d’avoir à remettre un jour leur épiscopat entre les mains du successeur de Pierre. Ce jour est-il venu ? Se représentera-t-il une occasion aussi providentielle ? Question de cœur, tout simplement. Jamais Pape n’aura fait une telle avance et dans des termes aussi pathétiques. Parce qu’au niveau doctrinal, celui qui avance le plus vite est évidemment le Pape…

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3/ Des remarques plus que judicieuses.


On apprend, au cours de ces deux documents, mille et une choses des plus frappantes. La messe traditionnelle n’a jamais été abrogée, jamais. Le flou qui a pu prévaloir sous le règne de Paul VI est terminé (Consistoire du 24 mai 1976). La commission théologique réunie par le Pape Jean-Paul II en 1986 et révélée par le Cardinal Castrillon Hoyos ce printemps dernier avait bien raison : la messe traditionnelle n’a jamais été abrogée et il est nécessaire de la rendre à l’Église. Tel, du moins, était l’avis de huit cardinaux sur neuf. On sait maintenant que le pape Jean-Paul II n’a pas mis à exécution cette recommandation sur la pression avouée de quelques évêques ; peu importe à présent : les choses sont claires définitivement. Rome a parlé, l’affaire est entendue. Oublions, je vous prie, les injustices et les censures.


On apprend également que la messe traditionnelle n’est pas une question de nostalgiques et de vieux : la plupart de ceux qui la réclament sont jeunes et n’ont pu la connaître dans sa célébration ante-conciliaire. C’est le sacré qu’elle véhicule qui attire et fascine. Depuis 30 ans qu’on nous dit le contraire (question de sensibilité pour rétrogrades inadaptés et obsolètes…) cette simple justice fait chaud au cœur. Et d’où viendraient, d’ailleurs, ces très nombreuses vocations pour la Tradition de la part de gens qui ne l’ont pas connue ?


La continuité de la Tradition liturgique est le principe directeur du Pape actuel comme il l’était du cardinal Ratzinger. La liturgie étant le lieu privilégié de la Tradition, toute rupture est létale. Comme en une chaîne, le maillon manquant ou brisé détruit l’ensemble ; seuls les évolutionnistes en disconviennent. Comment l’Église serait-Elle crédible en condamnant aujourd’hui ce qu’Elle prônait hier ? Ne va-t-Elle pas interdire demain ce qu’Elle recommande aujourd’hui ? Franchement, nombre d’apprentis-sorciers dans ce domaine, auraient bien mérité que leur production d’un jour fût proscrite aujourd’hui.


Car le Pape n’y va pas de mainmorte avec les abus que nous avons connus : cette improvisation essentielle qui était à la nouvelle liturgie ce que l’esprit du concile était à sa lettre est par lui qualifiée comme étant « à la limite du supportable » (sic). Il fallait que ces choses-là fussent dites et qu’elles le fussent par un Pape de l’Église catholique ! Ces choses étant dites n’engagent plus la responsabilité de l’Église mais uniquement leurs misérables auteurs : l’honneur de l’Église est sauf. Ces hosties qu’on a si longtemps remises après la messe dans le magasin parce que la présence de Jésus-Christ n’était, lors, que spirituelle (si deux ou trois sont réunis en mon nom…article 7 de l’Institutio generalis), cet évêque sud-américain qui allumait sa cigarette, crosse à la main et mitre en tête, au cours de sa « synaxe » en expliquant que la messe n’étant qu’un repas il avait l’habitude de fumer ce-pendant …Il ne fallait qu’un seul mot d’un seul Pape pour déconnecter l’Église de ces abominations : c’est chose faite.

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4/ Les décisions qui s’imposent.


Tout prêtre catholique peut désormais célébrer, sans quelque autorisation que ce soit que celle présente du Pape, sa messe basse selon le rite de Grégoire le Grand-Pie V- Jean XXIII, qui est le même. Si quelque journaliste s’étrangle à l’idée que c’est celle de Grégoire ou de Pie, qu’il se console, ou finisse de s’enrager, en pensant que c’est celle du « Bon Pape Jean » qui n’en a jamais célébré d’autre ! C’est ça aussi la Tradition… Que si vous voulez la liste des Papes l’ayant ainsi célébrée, elle est d’au moins deux cents, et encore.


Ce prêtre peut s’adjoindre les fidèles qui le désirent sans autre formalité, tant que ce n’est pas une messe statutaire (paroissiale, conventuelle…)


Les communautés tant séculières que régulières peuvent revenir à la messe traditionnelle sur simple décision de leurs supérieurs majeurs. Toutes les communautés de moines, de religieux, de religieuses, de vie apostolique le peuvent donc…


Les simples curés peuvent accéder aux demandes des fidèles pour toute messe traditionnelle, sans besoin de recourir à l’ordinaire (ou se retrancher derrière lui). Les groupes stables de fidèles pourront obtenir la messe du Bienheureux Jean XXIII de leurs curés, lesquels, s’ils refusent seront déférés à l’ordinaire qui devra tout faire pour les satisfaire. Si l’ordinaire était dans l’incapacité, c’est la commission romaine qui trancherait.


Tout prêtre peut reprendre le bréviaire du Pape Jean XXIII pour sa récitation personnelle…


Tous les autres sacrements devront être donnés dans les rubriques de 1962 sur demande des fidèles. Ainsi du baptême, du mariage, du sacrement des malades (extrême-onction). Ainsi des mariages et des pèlerinages. Il n’est pas jusqu’aux évêques qui ne puissent utiliser l’ancien pontifical pour donner ainsi le sacrement de Confirmation…


Enfin les évêques peuvent ériger des paroisses personnelles de rite propre (prototype unique bien connu !) selon le canon 518, pour satisfaire la juste demande des fidèles. C’est évidemment la solution de l’avenir et celle qui rendra définitivement la paix à tous. Une paroisse comme celle-là dans chaque ville de France et on n’entendrait plus parler de division et de querelles. L’unité et le respect rétablis, l’ordre serait revenu et avec lui la paix et la prospérité. L’Évangélisation repartirait, les conversions, les baptêmes, la fierté chrétienne et la prospérité. Le Pape le veut… et vous ?


Oui, je vous dis que depuis Vatican II, il n’y a pas eu de document pontifical plus déterminant pour le bien commun de l’Église. Merci Très Saint-Père .


Abbé Philippe Laguérie »



Source :
http://blog.institutdubonpasteur.org/spip.php?article81 


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christianK 15/09/2008 18:03

Pour la messe sacrifice au concile Vatican II, dont on peut soutenir qu'elle y est davantage présente qu'à Trente (en fait le sacrifice dela messe, nonobstant tous les efforts du 68ardisme théologique, est omniprésente dans le texte du concile), voir la recherche lexicographique suivante:
http://fr.wikikto.eu/index.php/La_messe_au_concile_Vatican_II

christianK 11/09/2008 20:00

Sur ce parag. de l'abbé Laguérie:
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"cet évêque sud-américain qui allumait sa cigarette, crosse à la main et mitre en tête, au cours de sa « synaxe » en expliquant que la messe n’étant qu’un repas il avait l’habitude de fumer ce-pendant "
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IL s'agit là, bien sûr d'un abus exceptionnel, comme celui du jésuite en pyjamas :
http://www.missa.org/forum/showthread.php?t=885
Mais il y a une esprit derrière tout ca, une désacralisation à des degrés divers toujours plus ou moins présente dans les messes cucu (zoie et partaze, avec censure des fins dernières et du jugement; e.g. un tel "est retourné vers le père", alors que nous n,en savons rien, comme si on disait "un tel vient d'être rejeté par le père"). Cette attitude cucu est liée au 68ardisme, de telle sorte que quand un ptre marqué par cette tendance devient évêque, le diocèse est en danger de mort; d'ailleurs l'évêque ou le ptre se met souvent à faire de la politique, ou il receuille applaudissements (abbé de cour moderne) : Aristide en Haiti, e.g., ou cet Evêque sud-américain qui vient d'être élu chef d'Etat - on se croirait revenu au 19e s., ou dans une moindre mesure à Mgr Seipel (qui n'était pas évêque) en Autriche des années 20.

Evidemment, là est la clef pour comprendre les tenants et aboutissants de la messe-Saint Sacrifice et de la messe-synaxe-repas-mémorial. Car certains mots sont plus ambigus que d'autres...